Doit-on expliquer ce que l’on fait pour mieux l’apprendre ?

En enseignement, quand on veut faire une démonstration et enseigner une procédure, il est recommandé de d’utiliser l’enseignement explicite et de bien verbaliser ce que l’on fait mais aussi ce que l’on pense pendant que l’on pose un geste. Cette approche permet ainsi de mieux faire comprendre ce qui se passe dans notre tête et doit favoriser l’apprentissage. On serait tenté de penser que le fait de faire expliciter la procédure par les élèves va aussi les aider.

Une étude s’est penché sur la question afin de voir si cela aidait vraiment à mieux faire sa procédure. On a demandé à des sujets de jouer au golf en les plaçant à deux mètres du trou et en leur demandant de réussir trois coups consécutifs. On a demandé à la moitié des sujets d’expliquer comment ils avaient puis de rejouer jusqu’à ce qu’ils réussissent à nouveau trois coups consécutifs. Il leur a fallu deux fois plus de tentatives que leurs collègues à qui on demandait de simplement de réussir à nouveau sans explication. Il semble donc que le fait de chercher à nommer les gestes nuisent à l’exécution de ces mêmes gestes par la suite.

Les chercheurs expliquent ces résultats par le fait que la parole et la description des gestes relèvent de la mémoire déclarative alors que l’exécution des gestes relèvent de la mémoire procédurale. On sait déjà depuis longtemps que ces deux mémoires sont distinctes dans le cerveau et activent des régions différentes du cerveau. Quand on utilise la mémoire déclarative, on utilise des processus conscients alors que la mémoire procédurale développant des automatismes nous fait poser des gestes de façon moins consciente. Par exemple, à force d’attacher ses souliers, on fait le geste sans trop y penser, on a moins besoin de regarder alors que l’enfant qui apprend doit se concentrer pour y arriver. Quand cette procédure passe à la mémoire procédurale, les gestes automatiques ne nécessitent plus autant de conscience et le fait de vouloir les expliquer nous fait activer une mémoire qui n’est plus nécessaire pour exécuter des tâches. L’apprentissage d’une procédure se ferait donc mieux en limitant l’utilisation de la parole.

Flegal, K. & Anderson, M. (2008). Overthinking skilled motor performance : Or why those who teach can’t do. Psychonomic Bulletin & Review, 15 (5), 927-932.

http://dx.doi.org/10.3758/PBR.15.5.927